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24.09.2007

NAISSANCE DE LA MAISON ALZIARI

 

La Madeleine, berceau de la famille

Ce vieux quartier de Nice a été construit, au fil des années, le long des berges du Magnan, ce tout petit fleuve qui a permis aux blanchisseries de prospérer au dix-neuvième siècle. Elles se sont implantées dans le vallon, à proximité d'un cours d'eau que la Compagnie Générale des Eaux s'engageait à alimenter régulièrement selon une convention passée avec la ville de Nice. L'eau courante leur permettait de nettoyer le linge de toute la ville de Nice, à l'époque où l'hôtellerie de luxe commençait à vraiment s'épanouir. Plus de quarante blanchisseurs étaient alors installés à la Madeleine.

 

Les parents de César Martin, originaires du quartier, n'avaient pas dérogé à la règle, et leur blanchisserie leur permettait de vivre selon des traditions bien établies : tous les lundis, le linge propre était livré, le linge sale récupéré, grâce à un charreton tiré par un âne. Mais ce métier ne convenait pas à César, qui préféra gagner sa vie en faisant « le transporteur » : un emprunt lui servit à acheter un mulet et une charrette, et il se mit à parcourir la ville, transportant diverses marchandises d'un endroit à un autre. Il exerça ce métier jusqu'en 1878, date à laquelle il décida de racheter un vieux moulin en ruines, situé lui aussi dans le vallon de la Madeleine.

 

Lou defissi , c'est le nom que César Martin avait décidé de donner à la maison contiguë au moulin et c'est donc sous cette appellation que tout l'édifice a évolué.

Bien qu’en ruine ce moulin conservait les principaux éléments servant à fabriquer l'huile et un droit de passage de l'eau ; en effet, c'était la force hydraulique qui permettait d'actionner les trois meules du moulin et cet emplacement sur la rive du Magnan n'était évidemment pas le fruit du hasard.

Même si à l'époque la production oléicole de la région déclinait, les récoltes étaient encore suffisamment importantes pour qu'un nouveau moulin puisse ouvrir ses portes et César Martin, qui connaissait bien la région, savait que de nombreux clients viendraient fabriquer leur huile chez lui.

 

César Martin travaillait pour le compte de particuliers, c'est à dire des producteurs locaux et des oléiculteurs des villages voisins, Gilette, Coaraze, Bendejun, et même Sospel, Breil sur Roya.

Les récoltes étaient apportées au moulin, et leur sort laissé entre les mains du moulinier : ce dernier avait alors la tâche de fabriquer l'huile, mais aussi d'aller la vendre.

 

Chaque matin, César « descendait en ville » et, pour le compte de ses clients, vendait l'huile d’une dizaine de producteurs aux négociants. César, qui lui savait lire et compter (même s'il ne savait pas écrire), traitait donc pour ses clients : les barils étaient tout d'abord sondés afin de détecter s'ils ne contenaient pas d'eau (l'eau, plus lourde que l'huile se serait en effet trouvée au fond du tonneau). Et puis ils étaient pesés « bruts », vidés, et l'on pesait alors le « net », c'est à dire l'huile seule. De telles précautions étaient prises par les négociants afin d'éviter les fraudes.

L'huile était alors vendue selon le cours du jour, et César retenait de mémoire les parts qui revenaient à chacun de ses clients, auxquels il restituait l'or : « Tu avais tant de kilos bruts, tant de net ; à tant, cela fait tant ». Et le producteur ne discutait pas, il encaissait son argent sans poser de questions. On peut être étonné par cette confiance qu'il aurait était si facile de tromper. Ludovic Alziari résume ainsi ce procédé : « A l'époque, c étaient des hommes, pas des voleurs ! ».

 

César se payait selon un pourcentage sur le nombre de kilos d'olives, calculé au départ. Lors de la transaction avec le négociant, il savait donc exactement ce qu'il devait récupérer sur la part de chaque client.

 

En 1902, la fille de César, Marie-Jeanne, épouse Nicolas Alziari, qui décide d'habiter chez ses beaux-parents. Certains désaccords entre César et son gendre incitent ce dernier à s'installer avec son épouse plus bas sur le Chemin de la Madeleine où ils ouvrent une épicerie bientôt complétée par un bar et un restaurant en 1906. César a 63 ans, seul et fatigué, percevait une rente de cinquante francs par jour, lorsqu'un ouvrier bien payé en gagnait trois. « Il prit alors un abonnement à la Gare du Sud et se rendait tous les matins dans sa maison de Lingostière où il se reposait ».

 

Le moulin fut alors loué à des Gênois, les frères Cotta, qui firent « tourner le moulin » à leur compte jusqu'en 1914. Lorsque la guerre éclata, les Cotta partirent à Draguignan, et le moulin resta fermé, César n'eut sans doute ni l'envie, ni la force de le rouvrir. Il s'éteignit l'année d'après, laissant à Marie-Jeanne un héritage dont elle sut tirer profit.

 

César Martin avait compris que ce moulin était une opportunité à saisir, qu'il pouvait devenir une source intéressante de bénéfices. Il n'avait pas hésité à investir, et l'ardeur qu'il avait mis à son travail le récompensa ; c'est sans nul doute grâce à sa ténacité que sa fille, puis son petit fils, purent en profiter et fonder ce qui, au lendemain de la Première Guerre Mondiale va devenir la maison Alziari.

© ALANDIS Editions, Le monde de l'huile d'olive à Nice, Anne ALZIARI.

 

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